La Mère et l'Enfant
par Oswald Durand
31 août 2026Une mère chantait dodo
À son enfant né de la veille;
Et, de crainte qu'il ne s'éveille,
Avec soin fermait le rideau.
— «Ta naissance n'est pas prospère,
— Disait-elle à l'ange à l'œil bleu; —
Tu n'as ici-bas que le Dieu
Des enfants qui n'ont pas de père.
«Voici les voiles de la nuit
Qui descendent sur la colline;
Dans tes langes de mousseline,
Chère, je te prendrai sans bruit.
«Et puis, j'irai… mais, avant l'heure.
Je veux te parler, mon enfant.
C'est ta mère qui se défend,
Qui se défend et qui te pleure.
«Lorsque, désirant voir le jour,
Tu frémis au sein de ta mère,
Sans abri, — destinée amère, —
Je vins jusque dans ce séjour.
«Le lit où tu t'es endormie,
Où, pour toi, je prie à genoux,
O ma fille, n'est pas à nous:
Tu dors sous le toit d'une amie!
«Des malheureuses j'eus le sort:
À nos berceaux, il se présente
Toujours la même croix pesante
Que nous traînons jusqu'à la mort.
«Ta mère, pauvre couturière,
Croyait ton père un ouvrier;
L'hypocrite savait prier,
Et moi, je crus en sa prière.
«Mais c'était un riche seigneur!
Pour se distraire du grand monde,
À ma misère si profonde,
Il ajouta le déshonneur.
«Et, de cela, mourut ma mère!
Sans doute, elle nous voit là-haut,
Où je vais la revoir bientôt.
Adieu, pauvre fleur éphémère!
«Voici les voiles de la nuit
Qui descendent sur la colline.
Dans tes langes de mousseline,
Mes bras vont t'emporter sans bruit.
«Puis, je reviendrai sombre et pâle,
Dormir de mon dernier sommeil:
J'ai le charbon au feu vermeil,
J'ai le phosphore au feu d'opale!
«Oh! nos jours seraient trop hideux!
La faim, et le froid, son complice,
Achèveraient notre supplice,
Bientôt, nous serions morts tous deux.
«Mais moi, je ne veux pas qu'il meure,
Ce pauvre fruit d'un triste amour!
Qui sait si la fortune, un jour,
Ne viendra pas dans ta demeure!
«Ta mère te ferait honnir!
Mais, si Dieu permet que je prie
Là-haut, près du fils de Marie,
— Je le prierai de te bénir.
«Chère enfant, voilà ma défense;
Voilà ce qui veut mon trépas.
Le malheur ne me permet pas
De diriger ta faible enfance!
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
— «Adieu! Les voiles de la nuit
Ont descendu sur la colline.
Dans tes langes de mousseline,
Enfant, viens avec moi sans bruit!»