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244 poèmes trouvés
par Georges Sylvain
Mon livre, élance-toi dans l'arène et combats ! N'écoute point ceux-là qu'étonne ton audace. Sans morgue, pour l'honneur du Pays, prends ta place, O mon livre, parmi les plus vaillants soldats.
Pendant les soirs d'été, dans sa blancheur d'agate, La lune au firmament Vogue majestueuse, et semble une frégate Que les brises au port font entrer doucement ;
Le vieux chêne couvrait de sa plus forte branche Le front du beau vieillard qui dormait sur le sol. Un enfant, caressant sa longue barbe blanche, Se reposait aussi sous le vert parasol.
Ah ! si vous étiez mort ! Je ferais de mon cœur l'urne mélancolique, Conservant du passé la suave relique, Comme ces coffrets d'or qui gardent les parfums ;
Zimblis, c'est la péri légère Qui, dans la nuit, Doit sur la rive mensongère, Lente et sans bruit,
Un rêve m'a bercé, doux comme une caresse, / Où tout était lumière et tout était clarté, / Où mon âme, oubliant sa longue tristesse, / S'enivrait de bonheur et de sérénité. / Mais le jour est venu, chassant cette chimère, / Et je me suis réveillé, seul, dans le froid du jour, / Avec, au fond du cœur, cette peine amère / De ne plus retrouver le rêve de l'amour.
Je vous dirai tout bas, dans le calme du soir, / Les secrets que mon âme a gardés en silence, / Ces rêves envolés qu'on ne peut plus revoir, / Et ces regrets amers qui font la confidence. / Le monde est loin, ici, sous les arbres qui dorment, / Et nous sommes, mon cœur, seuls avec nos douleurs, / Tandis que dans la nuit, les ombres se transforment, / Et que le vent léger murmure nos malheurs.
par Ignace Nau
Marie, dans ton livre aux pages si blanches, Tu écris tes rêves, tes joies et tes peines, Comme un oiseau chante au milieu des branches, Tu laisses ton âme errer dans les plaines. Chaque mot est une fleur qui s'épanouit, Chaque ligne est un souffle de ton esprit, Dans ce livre sacré, ton cœur s'enfuit, Vers un monde lointain où l'amour sourit.
Le jour s'éteint, le calme descend sur la terre, Le voile de la nuit étend son mystère, Les étoiles au loin brillent dans l'infini, Et mon cœur, fatigué, cherche un repos béni. Dans ce silence pur où l'âme se recueille, Je vois passer le temps comme tombe la feuille, Tout ce qui fut hier s'efface dans l'oubli, Et je reste pensif, par le soir ennobli.
par Massillon Coicou
Debout! le sol tremble, et la terre est en feu! / Le canon tonne au loin, annonçant le grand jeu / Où se joue le destin de notre île chérie. / Fils d'Haïti, levez-vous pour la patrie! / Le danger est immense, et l'ennemi s'avance, / Mais nous avons pour nous la force et l'espérance. / Que chaque bras soit prêt, que chaque cœur soit fier, / Pour défendre nos droits, pour braver l'enfer. / La liberté nous guide, et la gloire nous attend, / Marchons vers le combat, le front haut et content!
par Jules-Solime Milscent
Retenez bien cette leçon: Jeunes amants, jeunes fillettes, Heureux par votre illusion, Restez dans l'erreur où vous êtes;
par Timothée Paret
C'est, de nos amis, le plus sûr, le meilleur; Il apaise, console et réjouit le cœur; On peut mettre en lui seul toute sa confiance, L'esprit goûte par lui d'exquises jouissances.
par Duraciné Vaval
Midi sonne. Reposons-nous sous ce manguier. Le gazon brûle. C'est à peine si les palmes Bougent. Les grands bœufs roux au pâturage calme Dorment en poursuivant leur rêve familier.
par Christian Werleigh
L'ostensoir du soleil descend très lentement Avec une beauté qui veut qu'on la contemple, Puisque pour disparaître en dédorant son temple Dont le morne est l'autel, il s'arrête un moment...
par Damoclès Vieux
J'ai cru que tu viendrais dans le matin léger, En robe blanche, avec ton chapeau de dentelle, J'ai cru que tu viendrais tendrement m'apporter L'Amour, comme une fleur éclose en ta prunelle.
par Paul Lochard
L'ombre est partout au fond des choses. Qui donc sait le secret de Dieu? Ces blonds enfants aux lèvres roses, Que seront-ils sous le ciel bleu?
par Coriolan Ardouin
Anacaona la reine, Voyant que le ciel est pur, Qu'un souffle berce la plaine, Que la lune dans l'azur
par Pierre Faubert
Je suis fier de le dire, ô Négresse, je t'aime; Et ta noire couleur me plaît; sais-tu pourquoi? C'est que nobles vertus, chaste cœur, beauté même, Tout ce qui charme enfin, le ciel l'a mis en toi.
par Etzer Vilaire
À la même. Loin de toi, c'est la nuit, C'est la nuit triste et sombre, Et mon cœur plein d'ennui
Sur l'onde froide où meurt une lueur céleste L'immense oiseau surpris promène au loin les yeux. Son aile auparavant tumultueuse et leste S'agite sans espoir sous le flot écumeux,
par Oswald Durand
Si la muse, un jour, me demande Des vers, — une ode, un triolet, — D'honneur! je lui ferai l'offrande Du plus délicieux couplet.
À Isnardin Vieux. Si je connaissais l'Italie, Où Raphaël fit ses tableaux; Florence, où la douleur s'oublie;
Sur les fleurs de nos prés, la diligente abeille, Pour son miel parfumé, glane avec le matin. Chacune, en s'entr'ouvrant, lui tend une corbeille Où la vive ouvrière amasse son butin.
À Estelle. Ô génie inspirateur, Créateur, C'est toi qu'aujourd'hui j'implore!
J'habitais autrefois un humble logis; oncque N'y dormit avant moi. C'était un vilain trou. Dans quel quartier, dans quel lieu, — je ne sais plus où: — Le pauvre, sans choisir, dort sous un toit quelconque.
Une mère chantait dodo À son enfant né de la veille; Et, de crainte qu'il ne s'éveille, Avec soin fermait le rideau.
Un matin… prêtez-moi votre luth, Sainte-Beuve, Grand poète, grand ciseleur, Pour que ma poésie, en vers faciles, pleuve Comme les perles de la fleur!
Je suis jaloux de tout, du passé, de mon ombre, Je regarde ton frère avec un regard sombre, Quand il pose sa lèvre à ton front pur et doux. Le baiser de ta mère,
Dans le bleu paradis, ce frais séjour du rêve, Ève, la belle enfant, curieuse comme Ève, Se cache aux yeux du Maître, et, trop tard, se repent D'avoir prêté l'oreille aux propos du serpent.
Ainsi qu'à l'occident, lorsque le soleil pâle S'amincit par degrés et plonge dans les flots, Des flocons empourprés, brillant au ciel d'opale, Y forment un instant de ravissants tableaux;
par Justin Lhérisson
Pour le Pays, Pour les Ancêtres, Marchons unis Marchons unis.
par Suzanne Comhaire-Sylvain
La table familiale est le lieu saint Où les générations se retrouvent, Où les vieux racontent leur destin
par Léon Laleau
J'ai rêvé que j'étais un oiseau Qui planait sur les îles bleues, Je voyais tout depuis les coteaux
par Dominique Hyppolite
L'enfant regarde le monde avec des yeux Qui ne savent pas encore le mensonge, Ses yeux clairs comme le ciel des dieux
par Clément Magloire-Saint-Aude
La nuit sans lune est profonde comme l'océan, Les étoiles seules illuminent le chemin, Et le marcheur qui rentre de sa campagne
par Hérard Dumesle
Alexandre Pétion, fils de la République, Tu as donné les terres aux paysans, Tu as brisé la logique
par Edmond Laforest
Je veux m'en aller dans la montagne Vivre seul avec mes mots, Loin de la ville et de sa campagne
par Frédéric Burr-Reynaud
Chaque goutte de sueur sur un front Vaut plus que l'or des spulateurs, Elle irrigue les champs, les fonds
Fort-Liberté baigne dans la baie Où les flibustiers mouillaient jadis, Ses vieilles pierres saignent encore du tir
par Émile Roumer
Quand je parle créole à Paris Mes lèvres retrouvent le soleil, Mes mots portent l'odeur du pays
La nuit sur le seuil de la case La grand-mère raconte ses histoires, Elle parle de Ti-Jean qui épate
par Luc Grimard
Les grenouilles commencent l'orchestre, Les grillons prennent la baguette, Les palmiers battent leur regètre
par Dantès Bellegarde
Les anciens se réunissent sous l'arbre Pour décider le sort du village, Leurs paroles solides comme le marbre
par Seymour Pradel
En octobre les pluies se font rares, L'air devient sec sur les plaines, Et les paysans préparent leurs barres
Ils sont dans leurs casemates sombres Pour avoir dit la vérité tout haut, Mais leurs noms ne rejoindront pas les ombres
Le colibri, joyau des Antilles, Vibre sur les fleurs d'hibiscus, Ses ailes d'arc-en-ciel brillent
par Bénito Sylvain
Un jour viendra, je le prédis, Où les peuples noirs seront debout, Où leurs cultures et leurs édits
par Carl Brouard
Je vais chaque année au pèlerinage De Saut d'Eau en juillet, Ou catholiques et vodouisantsà l'âge
Sur la tombe du héros sans nom Poussent les herbes folles, Nul monument, nulle maison,
par Victor Duquesnay
La femme de chez nous est flamboyante Comme l'arbre qui porte son nom, Elle brille rouge et éclatante
La papaye est douce comme un mot d'amour, Elle se donne généreusement sur sa tige, Et chaque matin dans le petit jour
par Daniel Thaly
Le ciel de la Martinique est bleu à rendre fou, Ses nuages passent comme des rêves, Et quand la pluie éclate sur les bouts
L'avenir de la race noire est grand Comme les steppes d'Afrique, Et le monde qui fait le tour en méprisant
par Normil Sylvain
En Haïti la lutte est ancienne Entre ceux d'en haut et ceux d'en bas, Entre la bourgeoisie qui gouverne
Cap-Haïtien, ville du nord fière, Tes rues coloniales gardent des traces De l'histoire en brière
par Gilbert de Chambertrand
Aux Antilles nous n'avons pas quatre saisons Mais deux visages du même ciel : L'été qui dure sans raison
Lac Azuei salé sur la frontière, Tes eaux roses brillent au soleil, Tes flamants roses comme une lumière
Minuit sur le morne, les étoiles brûlent, Le tambour lointain bat sourdement, Les arbres dans l'obscurité maugrèlent
Après le repas de midi La ville s'endort dans la chaleur, Les boutiques aux volets grémis
Quand la récolte est bonne et pleine Le paysan chante dans les champs, Il oublie ses longues peines
Le poète est l'oreille de son peuple, Il écoute les voix que nul n'entend, Il transcrit les souffrances multiples
Je suis l'enfant du marron libre Qui coura dans les montagnes, Je porte son sang comme un vivre
par Oruno Lara
Guadeloupe, Martinique, Haïti Sont trois sœurs nées du même sang, Leur histoire est une seule cri
Mon père m'a appris à tenir ma tête haute Dans les rues qui me regardaient de travers, Il m'a dit : fils, ne sois jamais en faute
Le rhum des Antilles est un or liquide Qui porte en lui le soleil et la canne, Son goût brûlant mais si fluide
Le gwoka bat à Pointe-à-Pitre Dans la nuit moite de juillet, Ses rythmes font vibrer les vitres
La mer à l'aube est un miroir gris Où le ciel se réfléchit avant le jour, Les piroguiers glissent surpris
Du Congo jusqu'à Port-au-Prince Le sang n'a pas changé sa couleur, La danse, le rythme, la province
L'aveugle au marché vend ses remèdes, Il connaît les plantes et leurs vertus, Ses mains tatonnantes rémèdes
par Virginie Sampeur
Elle a perdu son fils à la guerre Et depuis lors elle ne rit plus, Ses yeux noirs comme la terre
Honneur aux travailleurs de la terre, À ceux dont les mains nourrissent les nations, Ils portent sur leurs dos la misère
Ti-moun pa konnen tristesse Li jwe nan lari san soulye, Yo ka pote gwo richess
par Fernand Hibbert
Le pauvre en haïti garde sa dignité Même quand il n'a rien à manger, Il se tient droit avec fierté
En haute saison les marchands Envahissent les quais et les places, Les bateaux chargés de cargaisons
Ses parents sont morts dans le tremblement Et il marche seul dans les rues détruites, Ses yeux portent tout l'embarquement
L'archévêque en ses habits d'or Benit le peuple à genoux, Mais de ses paroles encore
par Ida Faubert
Je revois encore la case de ma naissance Avec ses murs de torchis et son toit de chène, La lampe à kérosène dans l'immense
Le pêcheur sort son canot à l'aube, Il lutte contre les vagues calmes, Sa ligne dans l'eau froide dobe
Ils ont eu leur revanche dans le feu De 1804, nuit de flèches et de crîs, Le sang des maîtres rougit un peu
Une nation n'est pas seulement une terre, Ni un drapeau, ni une frontière, C'est un peuple avec sa propre affaire
Les bambous du bord de la rivière Font une musique dans le vent, Leurs tiges créent des lumières
Le timonier qui tient la barre ferme Dans la tempête qui noircit l'horizon Ne lâche pas sa prise qui confirme
Les tambours annoncent le mariage, Tout le village est de la fête, On apporte de la nourriture à sages
La Vierge est noire comme la nuit des Cayes, Elle porte l'enfant sur ses genoux, Ses yeux gardent les plages et les baies
Les sources du massif de la Selle Descendent claires sur la montagne, Eau fraiche et douce et belle
La procession traverse les rues étroites En silence de crèpe et de murmures, Les femmes en robes de soie droite
Ils sont allés en Louisiane Ces créoles des îles fleuries, Ils ont porté leur langue ancienne
La nuit des Morts haïtiens est douce, On va au cimetière avec des fleurs, On parle aux tombes dans la mousse
Tu es l'océan qui nous sépare De l'Afrique de nos ancêtres, Tu es la tombe qui nous prépare
Vienne la paix sur nos îles, Vienne la paix dans nos coeurs, Que cessent les querelles
Elle enseigne à des dizaines d'enfants Dans une salle aux murs ecaillés, Elle donne le meilleur de son temps
Envolez-vous, colombes de la paix, Portez notre message aux nations, Dites-leur que nous ne voulons plus jamais
L'étudiant haïtien part en France Avec ses livres et ses rêves, Il emporte l'espoir et l'espérance
Bleu de la mer, vert des mornes, Rouge du sang de nos héros, Noir de nos corps et de nos bornes,
Le manguier est l'arbre de ma vie, Sous ses branches j'ai joué enfant, Et chaque saison de lui on révit
Dans le fort de Joux sous la neige, Toussaint mourait seul et oublié, Mais son idée sans siège
Elle se lève avant le chant du coq, Elle met le feu sous la marmite, Elle nourrit les enfants et le bloc
Il y a un mal qu'on ne guérit pas C'est l'amour maladif de l'île, On a beau partir, revenir bas,
Nous apprenons à lire et à écrire Dans la petite école du village, Notre maître nous apprend à dire
La plage de Anse-à-Veau at l'aube Est un tableau peint par le ciel, Les pecheurs tirent leur corolle
Les bœufs tirent la charrue lentement, Leurs yeux doux regardent la terre, Ils avancent paisiblement
Quand vient le temps de semer la terre Tout le village se rassemble, On chante, on boit le clairin qui altère
L'Amricain est venu dans nos rues, Il a posé ses soldats sur nos terres, Il a pris nos ressources prévues
Dans la forêt haïtienne dense et sombre Où les lianes pendent jusqu'au sol, Où les oiseaux dessinent des ombres
Les travailleurs se sont lévés d'un bloc Leurs poings levés vers le patron, Leur cri a fait sauter le verrou
Fort-de-France, perle des Caraïbes, Tes rues sentent le mas joumou et la canelle, Tes femmes aux tenues de fiables
Je suis las de souffrir sans raison, Las de pleurer sur des chimères, Las de faire de ma prison
Nous sommes prisonniers dans notre propre terre Sous les bottes du maître étranger, Nos mains enchanées ne peuvent faire
Artibonite, grande rivière d'Haïti, Ton eau nourrit les rizières basses, Tu es la vie de tout un pays
Haïti a donné au monde Des hommes de stature inégale, Leur sagesse toujours féconde
Ce soir, j'ai danser avec ma belle, Sous les étoiles du pays natal, Sa robe était comme un arc-en-ciel
Que les îles de la Caraïbe s'unissent, Que leurs peuples parlent d'une voix, Que nos cultures s'épanouissent
L'ouanga est placé sous le seuil de la porte, Il protège la maison et ses habitants, Son pouvoir invisible conforte
La fille de Basse-Pointe a des yeux de nuit Et une peau d'océan brûlé, Elle rit comme la pluie qui luit
par Alcibiade Fleury Battier
Le nègre marron dans la montagne A préféré la mort à l'esclavage, Il a fui la plaine et la campagne
Il voulait décrocher la lune Et la porter dans sa poche, Il a grimpé sans tribune
Dans la forêt que nul n'ose approcher Le sorcier prépare ses herbes, Il connaît les secrets à dénouer
Dans le cimetière face à la mer Les croix blanches gardent la mémoire Des marins partis dans l'hiver
Dodo ti pitit, dodo, Papillon vin dodo tou, Lune souri nan fenèt ou
Il a quinze ans et des yeux d'étoile, Il court sur les chemins de rêve, Son avenir comme une voile
par Charles Moravia
Le crépuscule teinte de pourpre les mornes, Les oiseaux rentrent vers leur nid chantant, Le soleil derrière les cornes
Akasan dous, akasan chè, Maman mwen fe l pou mwen maten, Ave lay ak epis anpil
Il a planté sa houe dans la terre rouge, Il a versé sa sueur depuis l'aube, Et sur son champ pas un vent ne bouge
Dans mes rêves je vois des mosquées bleues Sur les collines d'une ville oubliée, Et des hommes aux regards de feux
On veille le mort avec du rhum et des chants, On dit ses exploits et ses péchés, On pleure et on rit en même temps
Toussaint Louverture, géant d'Haïti, Tu as tenu tête à Napoléon, Tu as brisé les fers malgré la nuit
Ne pleurez pas sur nos malheurs, Votre pitié ne nous convient pas, Nous ne voulons pas vos pleurs
La pluie tombe en rideau sur la forêt, Le tonnerre gronde sur les mornes, Et la terre assoiffée s'apprête
Il n'y a pas de printemps aux Antilles Comme en Europe avec ses bourgeons, Mais nos fleurs aux couleurs subtiles
Le griot tient dans sa mémoire Toute l'histoire des peuples noirs, Il chante les batailles et les gloires
Cette nuit-là sous les arbres sacrés Boukman levait son bras vers le ciel, Les esclaves jurèrent serrés
Sur cette montagne où poussent les fougères Les ancêtres ont bâti leur autel, Leurs prières montaient légères
À Vertières, sous le ciel de novembre, Nos pères ont écrit leur épopée, Chaque balle, chaque décembre
Le vieux sage assis sous son mapou Regarde passer les saisons, Il connaît tous les chemins fous
Notre langue créole est née du choc De l'Afrique et des maîtres, Elle a surgi du cœur des stocks
Nèg maron kouri nan bwa, Yo pa vle zo yo anba jou, Yo pito mouri sou montay
La Citadelle Laferrière domine la montagne Comme un colosse défiant les cieux, Elle garde Haïti dans sa campagne
Erzulie, déesse de l'amour et des larmes, Tu viens dans la nuit des possédés, Tu apportes tes charmes
Le café d'Haïti parfume l'air Du matin tropical et chaud, Son arôme traverse la mer
Le maïs pousse droit vers le ciel, Fier de sa tige et de ses feuilles, Il nourrit le peuple fidèle
Sur le radeau de fortune ils partent, Fuyant la misère et les tombeaux, La mer les aspire et les écarte
De notre douleur nous avons fait de l'art, De notre exil nous avons fait des chants, De nos blessures reçues par hasard
Les ruines de Sans-Souci parlent encore De la grandeur folle du roi Henry, Ses murs dressés comme un décor
Elle pleure son mari parti en mer, Elle attend depuis dix ans déjà, Les enfants grandissent dans l'amer
Ils sont là, nos ancêtres d'Afrique, Dans chaque battement de nos cœurs, Leur souvenir nous authentifie
Soleil qui se couche — Le morne garde son bleu Jusqu'à la nuit douce.
On peut courber un peuple mais non le briser, On peut l'humilier mais non l'effacer, Car dans le fond de chaque âme blessée
Le flamboyant en fleur éclate Comme un incendie dans le ciel bleu, Ses branches cramoisies délatent
La canne à sucre dans le vent danse, Ses feuilles chantent la servitude, Car le sucre doux qu'on avance
Port-au-Prince, ville aux mille couleurs, Tes marchés ruissellent de vie, Tes rues bourdonnent de chaleurs
Au marché de Jacmel, les femmes Portent sur leur tête des paniers Plein de mangues, ignames et flammes
L'ouvrier haïtien se lève avant l'aube, Il marche des heures sous le soleil, Ses mains calleuses sont sa robe
Il est un génie dans l'âme noire, Qui chante, crée, invente et construit, Un génie fait de mémoire
Le soir tombe sur les toits de tôle, Les enfants rentrent des chemins, Et dans le silence qui s'envole
La savane s'étire à perte de vue, Sous le ciel immense et bleu, Les bœufs y paissent à leur venue
Je suis le voyageur qui revient De tous les pays du monde, J'ai vu la neige et le lointain
La rivière descend des mornes chantants, Elle roule sur les pierres lisses, Elle porte le secrets du temps
Le morne bleu domine la plaine Comme un vieux sage silencieux, Ses flancs portent la douleur ancienne
Les tambours battent la mesure folle, Les masques dansent dans les rues, Et la ville entière s'envole
Le soleil des tropiques est un roi Qui règne sans partage sur la plaine, Il brûle et illumine tout à la fois
La mer des Caraïbes est une mer de sang Mélangé à l'écume des vagues, Elle porte en elle le présent
Je reviens au village de mon enfance, Les mêmes cases, les mêmes arbres, Mais le temps dans son insolence
Il y a dans le charme créole Quelque chose d'indéfinissable, Une façon de danser et d'être folle
L'artisan sculpte le bois de Campêche Avec ses mains habiles et fières, Il crée des formes que rien n'empêche
Que reste-t-il de nos espoirs, De nos rêves de jadis ? Le vent les a emportés le soir
Debout sur la colline, je guette L'horizon de ma patrie, Je cherche dans la nuit muette
Mon cœur est haïtien comme la canne, Comme le vétiver sur les mornes, Comme les cases dans la savane
Seigneur, donne-moi la force de ce jour, La patience pour mes peines, La sagesse pour l'amour
Ma vieille grand-mère assise au seuil Egrène son chapelet dans la nuit, Elle murmure une prière sans deuil
Il y a dans la nuit haïtienne Des mystères que seuls les anciens savent, Des esprits dont la voix lointaine
Je t'aime comme on aime la mer, Avec ses colères et ses calmes, Comme on aime le vent amer
Pointe-à-Pitre aux marchés colorés, Tes quais sentent la vanille et le rhum, Tes vendeurs aux cris bigarrés
Ils jouent pieds nus dans la poussière, Ces enfants que personne ne voit, Leurs rires percent la lumière
Viens, ma belle, sous les étoiles, La nuit est douce et le vent léger, Les grillons soulèvent leurs voiles
Je suis le fils d'Haïti, Fils de Dessalines et Pétion, Mon sang a les couleurs de la nuit
Debout, peuple noir, debout ! Ta dignité n'est pas à vendre. De Port-au-Prince à Tombouctou,
La nuit étend son manteau sombre Sur les mornes et les vallées, Les étoiles dans leur grand nombre
Femme noire, belle à pleurer, Ta grâce est celle de la nuit, Tu portes sans jamais errer
J'ai voyagé dans tous les pays du monde Et j'ai trouvé la même humanité, Des gens qui aiment, souffrent dans le monde
Elle a la beauté des statues d'ébène, Ses yeux sont deux soleils nocturnes, Sa peau brille comme la pleine
Le vent des Antilles porte des voix, Des voix de femmes et d'enfants, Des voix qui chantent la foi
Grande-Terre aux savanes dorales, Avec tes bourgades et tes chéris, Tes champs de canne et tes murales
La liberté n'est pas un mot vide, C'est le cri du peuple dans la nuit, C'est le soldat intrpèide
La nuit tropicale est pleine d'étoiles, La chaleur reste dans l'air lourd, Les insectes soulevènt leurs voiles
Dans la forêt sacrée des Cayes, Les esprits dansent sous la lune, Leurs pas légers sur les feuilles mortes
Nos ancêtres ont porté les chaînes Dans les plantations de la honte, Mais leur courage dans les peines
Le bananier se courbe sous son fruit, Le plus généreux des arbres tristes, Il nourrit ceux qui dans la nuit
Dans le songe bleu de l'aube, J'ai vu ma mère qui pleurait, Elle portait une robe de nappe
Ils sont morts pour la patrie, Ces héros au bras de fer. Leur mémoire ne périt
Haïti est notre terre promise, Celle que nos pères ont gardée, Conquise dans la lutte et la mise
Entends-tu le tambour qui bat Dans la nuit étoilée des Antilles ? Il appelle, il crie, il éclate
Ti rat mouri nan kay grenn mais, Yo relem li ti frippon, Mais pou mouri nan bel festin
J'ai quitté mon île natale Pour les brumes de l'Europe froide, Mais rien dans cette vie banale
O Dieu des cases et des mornes, Dieu des palmiers et des tambours, Tu présides aux heures abornes
J'ai posé ma tête sur ta poitrine Et j'ai pleuré de vieilles peines. Tu n'as rien dit, et ta doctrine
Tu m'as laissée seule avec ma douleur, Comme on abandonne un oiseau blessé. Ma peine est grande comme ton erreur,
J'ai tant péché, Seigneur, contre ta loi divine, Mais ton amour est plus grand que ma faute, Et ta miséricorde illumine
L'île est belle comme un rêve, La mer l'entoure de ses bras, Le soleil sur ses plages élève
Il y a des îles dans le monde Qui sont comme des paradis perdus, Où la mer bleue chante et gronde
En dix-huit cent quatre, nos pères Ont brisé les chaînes du tyran. Le sang des martyrs sur nos terres
Haïti, la belle, la fière, Avec tes mornes et tes plaines, Tes bananiers dans la lumière
Elle est belle, la femme créole, Avec son madras et son foulard, Sa démarche souple et son auréole
O Guadeloupe, île aux deux visages, Entourée de la mer turquoise, Tes mornes gardent les vieux sages
Frères noirs d'Afrique et des îles, Levons ensemble nos fronts fiers, Nos peuples ne sont pas serviles,
Les lampes parlent dans la nuit D'une voix que nul n'entend, Elles disent la longue fuite
Haïti, terre de nos ancêtres, Terre qui a bu le sang des preux, Tu nous es plus chère que l'être,
Dans ce pays où la fausseté règne, Où chacun porte un masque bien doré, Le vrai visage jamais ne se daigne
France, je t'ai aimée comme on aime sa mère, Ton langage était mien, tes rêves étaient miens. Mais quand l'autre est venu fouler notre terre,
Il y a des mots qu'on ne dit pas Dans la nuit caribéenne, Des silences qui font des pas
Nous sommes les deux bohèmes Errant sous le ciel étoilé, Sans foyer, sans diadème,
Sur ma flûte de bambou Je joue des airs créoles, Des airs doux comme un aveu
Haïti, première nation noire libre, Tu as brisé tes fers le premier, Et ton exemple, comme une fibre,
O Martinique, île des fleurs, Ton nom est musique en ma bouche, Tes cœurs créoles, pleins d'ardeurs,
Je suis le poète du peuple, Celui qui chante la douleur vraie, Qui ne porte pas de beau meuble
Il fut un temps où l'Afrique régnait, Où les arts fleurissaient sous le soleil, Où la sagesse en ses cités vivait
Vous ne savez pas ce que c'est D'être noir dans un monde blanc, De sentir sur votre nuque
Bouqui dans la montagne cherche sa chèvre, Malice rit sous l'arbre à pain, L'un pleure et l'autre se soulève,
Basse-Terre aux matins de brume, Avec tes volcans endormis, Ton air frais que le vent parfume
Afrique, mère des douleurs, Ton sang coule encore dans mes veines. Tes fils portent dans leurs malheurs
Marabout de mon cœur aux seins de mandarine, Tu m'es plus savoureux que crabe en aubergine, Tu es un afiba dedans mon calalou,
La montagne bleue au loin se découpe, Dans le ciel clair du matin haïtien. Les bananiers en longue troupe
Ce cœur obsédant, qui ne correspond Pas avec mon langage et mes coutumes, Et sur lequel mordent, comme un crampon,
Je suis nègre Et je le crie au vent du soir, Sur les mornes, dans les plaines,
Haïti, ma mère, tu saignes encore Sous les bottes de l'étranger hautain. Tes fils sont partis — ils cherchent l'aurore
Maman m'a chanté le soir Une chanson créole douce, Qui parlait du vent du terroir
Je pense à ces îles lointaines Où le soleil tombe comme un fruit mûr, Où les palmiers berçant leurs peines
Nous chanterons notre pays natal, Ses mornes bleus, ses rythmes de tambour, Son vodou sacré, son carnaval,
Elle va, la paysanne, Pieds nus sur la terre rouge, Portant sur sa tête un panier
Au profond de l'allée, Les quénépiers en fleurs Répandent une odeur Légère et vanillée.
Lorsque vous oublierez que vous m'avez tenue Captive entre vos mains, comme une chose à vous, Lorsque vous serez las de mon amour très doux,
Je vis son cœur : c'était un chrysanthème Doré de rayons d'un jaune bruni.
Emma, lorsque tous deux assis dans une yole, Nous voguions sur les mers mon front sur ton épaule Et le tien sur mon cœur, oh! C'était de beaux jours!
La foule est insensible au vieux toit qui s'écroule, A l'oiseau qui s'envole, au murmure de l'eau; Et pour elle le monde est toujours assez beau; Mais nous qui ne brûlons que de la pure flamme,
Le vent soufflait ; quelques nuages Empourprés des feux du soleil, Miraient leurs brillantes images Dans les replis du flot vermeil.
La tristesse n'est pas une fleur du jeune âge. La brise vole et chante et baise le feuillage, La Rose vient d'éclore et le Cygne d'amour Glisse sur les flots bleus où se mire le jour.
I Quand le ciel se dorait d'un beau soleil couchant ; Quand il voyait le soir aux brises d'Orient Jeter les premiers pl…
Ah ! si vous étiez mort ! De mon âme meurtrie Je ferais une tombe, où, retraite chérie, Mes larmes couleraient lentement…
Puisque le ciel t'envoie Fortune, amour et joie, Tu peux bien m'oublier; Vis sans inquétude, Et dans la solitude, Pour t…
I Quand nos aïeux brisèrent leurs entraves, Ce n'était pas pour se croiser les bras. Pour travailler en maîtres, les es…
I Je ne puis plus aimer. Le souffle d'une femme Ne fera plus frémir mon cœur maintenant froid, Car il a fui, ce temps, …
Adolescence aimée, aux douces remembrances, Comme vous êtes loin ! comme vous avez fui, Heures veuves de peine et de len…
Dèiè yon gwo touff pingoin L'aut'jou, moin contré Choucoune ; Li sourit l'heur' li ouè moin, Moin dit : « Ciel ! a là bell' moune ! »
Anacaona, la reine, Voyant que le ciel est pur, Qu'un souffle berce la plaine, Que la lune dans l'azur Se perd; voyant sur la grève La mer que nul vent ne soulève Mourir tranquille et sans voix;
Le soir, quand la pensée ouvre grande son aile Et prend à l'horizon un essor incertain, J'ai souvent tressailli de pitié fraternelle, En songeant aux damnés de l'enfer africain.