Le Jaloux
par Oswald Durand
31 août 2026Je suis jaloux de tout, du passé, de mon ombre,
Je regarde ton frère avec un regard sombre,
Quand il pose sa lèvre à ton front pur et doux.
Le baiser de ta mère,
— Est-ce un blasphème? — éveille en mon sein la colère.
Est-ce ma faute, dis, si je suis si jaloux?
Je suis jaloux du chien que ton doigt brun caresse
Avec amour;
Du corsage où ton sein au bout noir se redresse
Pendant le jour;
De la batiste fine
Où, la nuit, il dessine
Son pur contour!
Je suis jaloux du peigne où tes cheveux d'ébène,
D'épancher leurs longs flots se retiennent à peine;
Du soulier de satin où s'enferment tes pieds:
Ô mon Dieu! je jalouse,
En t'y voyant marcher, cette verte pelouse
Où je trouve tes pas par mon œil épiés.
Je suis jaloux du vent qui caresse ta joue
Où l'amour dort;
Jaloux de l'onde claire où ton pied nu se joue;
Jaloux encor
Du datura de neige
Où ta main prend au piège
L'abeille d'or!
Je suis jaloux du temple au portique sévère;
Du prêtre au pâle front que ton âme révère,
À qui ta voix redit tes innocents péchés;
De ton saint évangile,
Où, sans prêter l'oreille aux pas du Temps agile,
Tu tiens, ô Maria! tes yeux noirs attachés!
Je suis jaloux, — mon Dieu, pardonne ce blasphème,
Pardonne-moi! —
Jaloux de cet amour ineffable, suprême,
Qu'elle a pour toi!
Seigneur, je voudrais être
Son seul Dieu, son seul maître,
Sa seule loi!