Nos Payses
par Oswald Durand
31 août 2026Si la muse, un jour, me demande
Des vers, — une ode, un triolet, —
D'honneur! je lui ferai l'offrande
Du plus délicieux couplet.
Je n'irai pas, quittant le Nouveau Monde,
Monter mon luth pour la blanche aux yeux bleus,
Pour la châtaine, ou la rousse, ou la blonde,
Pâles sous leur ciel nébuleux!…
Mais à ma négresse,
Dont la folle caresse
Verse en mon cœur l'ivresse,
— Vers aux doux sons,
Chansons!
Je chanterai sa lèvre
Qui jamais ne me sèvre
Et qui donne la fièvre
Et ses charmants
Tourments.
Le feu dans nos veines circule
Sous le ciel de notre pays;
Les rayons de la canicule
Dorent les fronts et les maïs.
Nous n'avons pas d'amour rempli de crainte,
Chantant, le soir, pour deux brins de cheveux!
De nos bras noirs la vigoureuse étreinte
Vaut bien les plus tendres aveux.
La brune griffonne
Aime qu'on la chiffonne
Quand elle s'abandonne
Sur notre cœur
Vainqueur.
D'amour, elle se pâme,
Et jamais nulle femme
N'a fait frissonner l'âme
De si charmants
Tourments!
Rien n'est beau comme nos payses,
Au front bruni par le soleil!
Aux dents blanches qu'on aurait prises
Pour des perles dans du vermeil!
Choune, la noire, a la bouche lascive;
L'or des doublons, voilà la peau d'Emma;
Mais rien ne vaut ma griffonne rétive
Qui, pendant huit longs jours, m'aima!
Pour vous, mes maîtresses,
Griffonnes et négresses,
Et jaunes mulâtresses,
Vers aux doux sons,
Chansons!
Payses, je vous donne
Les fleurs de ma couronne,
Et, pour vous, je fredonne:
À mes amours,
Toujours!