Si !
par Oswald Durand
31 août 2026À Isnardin Vieux.
Si je connaissais l'Italie,
Où Raphaël fit ses tableaux;
Florence, où la douleur s'oublie;
Venise, où brillent les falots;
Chantant alors la barcarolle,
Sitôt qu'arriverait le soir,
J'aimerais dire à ma frivole:
«Allons rêver dans ma gondole,
«Là-bas, auprès du vieux manoir!»
Si je connaissais les Espagnes;
Madrid, avec sa señora;
Séville et ses blondes campagnes;
Grenade où brille l'Alhambra;
Le soir, lorsque l'heure s'envole,
Faisant frissonner le roseau,
Je dirais à mon Espagnole:
«Allons causer au pied du saule,
«Là-bas, au bord du clair ruisseau!»
Puis, les castagnettes d'ivoire,
Des bois réveilleraient l'écho;
Les filles au corset de moire
Viendraient chanter le boléro;
Alors, dans ma crainte jalouse,
Voulant pour moi seul ses grands yeux,
Je dirais à mon Andalouse:
«Allons danser sur la pelouse,
«Là-bas, où les cœurs sont joyeux!»
Ô Suisse, pays de mes rêves!
Si je connaissais tes villas,
Tes lacs et leurs riantes grèves,
Tes bois parfumés de lilas;
Je pourrais oublier l'Espagne,
Venise, aux somptueux palais,
Et je dirais à ma compagne:
«Allons dormir dans la montagne,
«Là-bas, où sont les vieux chalets!»
Mais, je ne connais que nos mornes
Où se penchent les bananiers;
Nos cieux, nos horizons sans bornes,
Nos bois, nos zéphyrs printaniers.
Le soir, quand le vent se pavane,
Courbant nos joyeux champs de riz,
Je dis alors à Marianne:
«Allons aimer dans la savane,
«Là-bas, sous les manguiers fleuris!»